L’Argentine en défaut de paiement: la crise en six questions

Aucun accord n’a été trouvé entre l’Argentine et les fonds vautours. Le pays se retrouve en situation de «défaut sélectif». Pourquoi? Quelles conséquences? Six questions pour comprendre cette nouvelle crise.

● Qu’est-ce que signifie être «en défaut»?

Les tractations jusqu’à la dernière minute n’ont donc pas permis à l’Argentine de parvenir à un accord et d’éviter le défaut. L’agence de notation Standard & Poor’s a déclaré mercredi soir l’Argentine en «défaut sélectif» et dégradé sa note qui passe de CCC – catégorie spéculative à SD («selective default»). L’agence a précisé dans un communiqué que le pays est placé «en défaut sélectif» quand «l’emprunteur n’a pas honoré une certaine partie de ses obligations ou une émission spécifique mais qu’il continue de payer ses autres types d’emprunts dans les temps». Dans le cas précis, l’Argentine n’a pas effectué le versement de 539 millions de dollars correspondant aux intérêts de ses obligations qui étaient dus au 30 juin avec un délai supplémentaire de 30 jours ayant expiré mercredi soir.

● Est-ce que l’Argentine est en faillite?

La situation diffère beaucoup de 2001 où l’Argentine avait fait défaut sur 100 milliards de dollars. Les montants en jeu cette fois sont très inférieurs: la dette envers les fonds spéculatifs dits «fonds vautours», NML et Aurelius, à l’origine du défaut, représente 1,5 milliard de dollars. L’économie argentine n’est pas en faillite car le pays a les capacités de payer ses créanciers. Elle dispose d’un matelas de réserves – certes en forte diminution ces dernières années – de 29 milliards de dollars. Buenos Aires s’est du reste engagé à continuer de payer ses échéances à ses autres créanciers. Il a déposé l’argent sur un compte bancaire à New York pour payer l’échéance de 539 millions. Le juge américain Thomas Griesa bloquait ce paiement car il ordonnait à l’État argentin de rembourser en priorité les fonds vautours.

● Comment en est-elle arrivée là?

Après la faillite de 2001, Buenos Aires a entamé une négociation avec ses créanciers. 93% d’entre eux ont accepté en 2005 et 2010 d’effacer 70% de leurs créances. Celle de 539 millions correspond à ces créanciers restructurés. Sur les 7% restants, deux fonds spéculatifs dits «vautours» sont entrés dans un bras de fer avec Buenos Aires pour récupérer leur mise, soit 1,5 milliard de dollars. La justice américaine leur a donné raison après une longue bataille juridique. Le gouvernement argentin reste inflexible et refuse de payer avant le 31 décembre 2014. Au risque sinon de déclencher une clause «dite Rufo» qui prévoit un traitement équitable entre créanciers. En d’autres termes, si l’Argentine payait aux fonds vautours la dette «plein pot», tous les autres créanciers pourraient, en théorie et jusqu’au 31 décembre, se retourner contre elle et réclamer d’être remboursés sans tenir compte de la décote de 70% qu’ils avaient acceptée. La facture pourrait alors dépasser les 100 milliards de dollars, selon le ministère des Finances.

● Quelles conséquences pour l’économie du pays?

Les conséquences seront limitées sur le plan financier car le pays n’a quasiment pas accès aux marchés de capitaux internationaux depuis 2001. L’Argentine va continuer de puiser dans ses réserves pour se financer. En revanche, cela va amplifier la récession économique. Les économistes s’attendent à une dépréciation du peso, une hausse de l’inflation – déjà à 40% – des sorties plus importantes de capitaux et un tarissement des investissements directs étrangers. Ils sont cruciaux pour le pays qui manque d’industrie productive. L’excédent courant a fondu ces dernières années, sous l’effet de la baisse du prix des matières premières et de la facture énergétique. À plus long terme se pose la question du financement de l’Argentine car les réserves vont continuer de chuter et le pays ne pourra pas revenir sur les marchés de sitôt. Le recours à la banque qui vient d’être créée par les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) restant encore hypothétique, Buenos Aires pourrait être contraint de se tourner vers le FMI.

● Est-ce que les Argentins vont en subir les conséquences?

Le médiateur, Daniel Pollack, a dès mercredi soir alerté sur les conséquences «imprévisibles» d’un défaut. Il ne s’agira pas «d’une simple mesure technique, mais plutôt d’un événement concret et douloureux qui touchera les gens». «La vraie victime, au bout du compte, ce sera l’Argentin de la rue», a-t-il prévenu. Pour l’économiste de Saxo Banque, Christopher Dembik, les conséquences sur le terrain seront limitées, le pays ne va pas sombrer dans le chaos: «Les Argentins sont habitués à une économie sous contrôle». Pour enrayer la dépréciation du peso et limiter les importations, le gouvernement a instauré des contrôles de prix, limité l’accès aux capitaux et le montant des retraits bancaires. Il faut toutefois s’attendre à un durcissement de ces mesures qui compliquera un peu plus le quotidien des ménages et des entreprises. À moyen terme, ils subiront les effets d’une récession plus marquée que la baisse anticipée du PIB de 1 à 2%.

● Y a-t-il un risque de contagion?

Les risques sont limités car l’Argentine, sans accès aux marchés de capitaux depuis 2001, est de fait mise en quarantaine sur le plan international. Cet épisode risque de renforcer son isolement même si Buenos Aires s’était efforcé depuis plusieurs mois de retrouver de la crédibilité. Il avait soldé son différend avec le Club de Paris (les États créanciers) et le tribunal de la Banque mondiale et trouvé un arrangement avec la société espagnole Repsol à la suite de la nationalisation d’une partie des actifs. «Sur le plan commercial, le Brésil, dont 8% des exportations sont destinées à l’Argentine, serait le pays le plus affecté», relève Juan Carlos Rodado de Natixis. Sur le plan bancaire, les banques espagnoles Santander et BBVA sont les plus exposées puisqu’elles détiennent 43% de la dette internationale».

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